Du rentier et du cadastre au SIG : apports des études foncières à l’histoire locale

CONFÉRENCE

Par Victorien LEMAN
Docteur en Histoire et Civilisations - Chercheur associé à l'UMR CNRS 6566-CReAAH (Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire) - Membre du Réseau des Professionnels du Patrimoine Breton

Du rentier et du cadastre au SIG : apports des études foncières à l'histoire locale

Conférence du 11 juin 2025

Maison des Associations Vannes

Le cadastre du XIXe siècle, établi à partir de 1807, est une ressource primordiale pour l’histoire agraire, urbaine et l’archéologie du bâti. En tant que plan parcellaire détaillé de chaque commune, il fige l’état de l’occupation du sol à un moment donné, permettant de reconstituer l’évolution du paysage, de l’habitat et du réseau viaire. Ses états de section et ses matrices cadastrales associent chaque parcelle (avec sa nature et sa contenance) à un ou plusieurs propriétaires, offrant une vision de la structure sociale et foncière.

Croisé avec les fonds des hypothèques – qui enregistrent les mutations de propriété (ventes, successions, prêts) et les servitudes – il devient possible de retracer l’histoire complète d’une parcelle ou d’un immeuble sur plusieurs décennies, d’identifier les dates de construction ou de remaniement, et de comprendre les stratégies patrimoniales des familles.

Ces deux types de sources, conservées dans les archives départementales, sont donc cruciales pour contextualiser le cadre patrimonial d’un lieu, comprendre les découvertes archéologiques, valider les hypothèses de localisation d’anciens édifices et documenter précisément l’occupation du sol avant les grandes transformations des XXe-XXIe siècles.

Ces données, une fois cartographiées et confrontées avec d’autres informations cartographiques et planimétriques, peuvent permettre de créer un Système d’Informations Géographiques qui permettra de croiser les données et de les étudier dans la diachronie et/ou dans la synchronie.

Les Systèmes d’Information Géographique (SIG) révolutionnent l’analyse spatiale en histoire et en archéologie en permettant de collecter, stocker, analyser et visualiser des données géolocalisées issues de sources très diverses. Ils permettent notamment de géoréférencer des cartes anciennes (comme le cadastre napoléonien) ou des plans de fouilles, puis de les superposer sous forme de couches d’information avec des données modernes (télédétection, LiDAR, cartes IGN) ou thématiques (répartition du mobilier archéologique, données démographiques historiques, réseaux routiers antiques). Cette capacité à croiser des jeux de données hétérogènes et à effectuer des analyses spatiales aide à identifier des schémas d’occupation du sol insoupçonnés, à reconstituer les paléo-environnements, et à comprendre les dynamiques urbaines et rurales dans le temps long. En offrant une visualisation dynamique et interactive, les SIG transforment l’interprétation en permettant de mettre en évidence les relations entre les communautés humaines, les phénomènes historiques et un territoire défini.

Le renouveau thématique et méthodologique autour des études foncières a permis de mettre en place une nouvelle discipline de l’archéologie : l’archéogéographie, qui étudie l’évolution de l’occupation du sol et des formes paysagères dans la longue durée en s’appuyant sur d’autres disciplines comme l’archéologie, les sciences paléonaturalistes (en particulier géoarchéologie et archéobotanique), l’histoire (textes), la géographie, l’écologie du paysage, le droit, ou encore l’anthropologie sociale.

Ces recherches diachroniques et pluridisciplinaires autour des faits fonciers permettent de faire surgir des problématiques nouvelles à plus ou moins grande échelle.